Les RIDM ouvrent le documentaire à des publics marginalisés

Le fes­ti­val inves­tit dif­fé­rents éta­blis­se­ments car­cé­raux de Mont­réal et compte pré­sen­ter des films à des per­sonnes âgées en CHSLD, avec l’aide de cinEXmedia.

Léa Tétrault

Depuis plus de 10 ans, les Ren­contres inter­na­tio­nales du docu­men­taire de Mont­réal (RIDM) offrent un pro­gramme de pro­jec­tions dans des éta­blis­se­ments car­cé­raux et dans des mai­sons de tran­si­tion de la région métro­po­li­taine. Cette ini­tia­tive com­prend deux volets : l’organisation de pro­jec­tions à l’occasion des­quelles des per­sonnes incar­cé­rées ont la chance de vision­ner des longs métrages choi­sis pour sus­ci­ter des dis­cus­sions et la for­ma­tion d’un jury de déte­nues à la pri­son de Joliette dans le but d’attribuer un prix par­mi une sélec­tion de films.

L’organisme, qui était déjà par­te­naire du Labo­ra­toire Ciné­Mé­dias, copré­sen­tant régu­liè­re­ment des docu­men­taires de son cata­logue par­mi la pro­gram­ma­tion de l’Obser­va­toire du ciné­ma au Qué­bec (OCQ), s’est récem­ment joint à cinEXmedia dans le but de conce­voir un pro­jet de pro­jec­tions dans des centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD).Pour l’occasion, nous nous sommes entre­te­nus avec Marie-Anne Ser­ge­rie, res­pon­sable du déve­lop­pe­ment des publics aux RIDM, afin d’en savoir plus sur les dif­fé­rentes mis­sions d’intervention sociale du fes­ti­val.

« Le pro­gramme RIDM en milieu car­cé­ral a été fon­dé pour don­ner la parole à des per­sonnes qui sont invi­si­bi­li­sées au quo­ti­dien, et qui ne sont sur­tout pas ame­nées à par­ler de ciné­ma, dit-elle. Or, cette acti­vi­té-là leur per­met de s’ouvrir sur des réa­li­tés qui les concernent, car on choi­sit les films spé­ci­fi­que­ment pour ce public ciblé, et elle peut aus­si aider à bri­ser une forme d’isolement. » C’est d’ailleurs le plus sou­vent Marie-Anne Ser­ge­rie qui anime les dis­cus­sions sur place. Elle est presque sys­té­ma­ti­que­ment accom­pa­gnée du ou de la réalisateur·rice du film pré­sen­té, ou encore d’un·e médiateur·rice culturel·le, pour mieux pou­voir répondre aux ques­tions des per­sonnes détenues.

« Pour faire voyager »

Lors des plus récentes pro­jec­tions dans les mai­sons de tran­si­tion, par exemple, le long métrage Les libres (2020) de Nico­las Lévesque a été pré­sen­té. Celui-ci se penche jus­te­ment sur l’histoire vraie de quatre ex-déte­nus qui apprennent à s’adapter à la vie civile en tra­vaillant dans une scie­rie. « Ce film a tou­jours ini­tié de beaux échanges dans les pri­sons », relate Marie-Anne Sergerie.

Lors d’une autre pro­jec­tion, orga­ni­sée à l’occasion de la Jour­née natio­nale de la véri­té et de la récon­ci­lia­tion, des courts métrages tirés du cata­logue des RIDM et de celui de l’organisme Wapi­ko­ni mobile, qui sou­tient la pro­duc­tion de courts métrages dans les com­mu­nau­tés autoch­tones du Qué­bec, ont été pré­sen­tés. « Les films sélec­tion­nés dans le cadre du jury de déte­nues sont ain­si choi­sis pour faire voya­ger les par­ti­ci­pantes et pour mon­trer dif­fé­rentes formes pos­sibles de docu­men­taire, explique la tra­vailleuse cultu­relle. Nous pou­vons autant pré­sen­ter des œuvres sur la lutte fémi­nine ou le rol­ler der­by qu’un long métrage sur deux poètes en excur­sion en nature avec très peu de dia­logues, comme Par­mi les mon­tagnes et les ruis­seaux, de Jean-Fran­çois Lesage (2024). »

Après avoir été ralen­ti en rai­son de la pan­dé­mie de COVID-19, ce pro­gramme des RIDM a repris de l’ampleur ces der­nières années. Lan­cé il y a plus de 10 ans, il a été ren­du pos­sible à l’initiative de la Socié­té Eli­za­beth Fry du Qué­bec, qui vient en aide aux femmes et aux per­sonnes de diverses iden­ti­tés de genre ayant des démê­lés avec la jus­tice – « des groupes d’autant plus mar­gi­na­li­sés par le sys­tème judi­ciaire, affirme Marie-Anne Ser­ge­rie. C’est vrai­ment cet orga­nisme-là qui nous a per­mis d’entrer en contact avec ce milieu, de ren­con­trer les bonnes per­sonnes et de nous don­ner confiance en ce pro­jet », poursuit-elle.

Collaboration avec cinEXmedia

S’inscrivant dans la volon­té des RIDM de rejoindre des publics invi­si­bi­li­sés dans le milieu cultu­rel et de « créer des ponts entre ces groupes mar­gi­na­li­sés et le ciné­ma », un par­te­na­riat entre cinEXmedia et les RIDM est en déve­lop­pe­ment. Après de pre­mières pro­jec­tions-tests menées par cinEXmedia dans des CHSLD, dans le cadre du pro­jet « Bien-être en vues » – qui avait fait l’objet d’un article l’an der­nier –, les deux orga­nismes comptent col­la­bo­rer afin d’organiser des pro­jec­tions des­ti­nées aux per­sonnes âgées dans le but d’éveiller leurs sou­ve­nirs et de sus­ci­ter des échanges, tou­jours avec l’objectif de bri­ser leur isolement.

« Nous nous sommes ren­du compte que le volet scien­ti­fique de col­lecte de don­nées et d’analyse de cinEXmedia serait un bon atout pour nous, qui dis­po­sons en retour d’un cata­logue de films et de moyens pour libé­rer les droits des films et pro­duire les évé­ne­ments », sou­tient Marie-Anne Sergerie.

Se tenant tous les mois de novembre depuis 28 ans, les RIDM figurent aujourd’hui par­mi les plus grands fes­ti­vals consa­crés au docu­men­taire en Amé­rique du Nord. Créées par un groupe de docu­men­ta­ristes québécois·es, elles ont débu­té comme un fes­ti­val de quelques jours seule­ment, avant de deve­nir un évé­ne­ment se dérou­lant sur une dizaine de jours et pré­sen­tant plus de 150 films. Quelques années après sa créa­tion, le Forum RIDM a éga­le­ment vu le jour. Il s’agit aujourd’hui de l’un des plus impor­tants mar­chés pro­fes­sion­nels consa­crés au docu­men­taire au Canada.

Cette année, les Ren­contres inter­na­tio­nales du docu­men­taire de Mont­réal se tien­dront du 19 au 29 novembre. Vous pou­vez cli­quer sur ce lien pour vous infor­mer sur le festival.