Le producteur d’œuvres emblématiques de Micheline Lanctôt et de Denys Arcand soutenait depuis ses débuts l’Observatoire du cinéma au Québec (OCQ), par l’entremise de sa fondation. Il s’est éteint la semaine dernière.

Olivier Du Ruisseau
Le décès la semaine dernière du producteur René Malo (1942-2026) a ébranlé le milieu du cinéma québécois. D’abord connu dans l’industrie musicale, il a ensuite contribué au succès d’œuvres phares de la cinématographie nationale, dont Sonatine (Micheline Lanctôt, 1983) et Le déclin de l’empire américain (Denys Arcand, 1986). Il a également consacré une grande partie de sa vie à améliorer le financement et le rayonnement des films d’ici.
Son engagement auprès de l’Observatoire en offre un exemple éloquent. Dès les débuts de l’organisme, en 2007, la Fondation René Malo lui a accordé un soutien important. Après avoir vendu son entreprise Malofilm, en 1996, le producteur s’est ainsi distingué par ses activités philanthropiques. Il comptait notamment parmi les plus généreux donateurs de l’OCQ, aux côtés d’André Gaudreault, fondateur de l’organisme, et de Micheline Cambron, professeure retraitée du Département des littératures de langue française de l’Université de Montréal.
André Gaudreault garde le souvenir d’un homme d’une grande chaleur et d’une vive curiosité intellectuelle : « René était profondément passionné par le cinéma, mais il portait aussi un regard très attentif sur le monde universitaire. Il comprenait la valeur de la recherche et de l’enseignement, et savait reconnaître l’importance de créer des liens durables entre les savoirs, les œuvres et celles et ceux qui les font. C’était un homme généreux, bien sûr, mais aussi remarquablement ouvert et à l’écoute. »
Par son soutien fidèle à l’OCQ, René Malo a contribué à faire vivre une mission à laquelle il croyait : rapprocher l’université du milieu cinématographique. « Son appui nous a permis, au fil des ans, de multiplier ces espaces de rencontre entre la relève, la recherche et la pratique, souligne Thomas Carrier-Lafleur, responsable de l’Observatoire. C’est une façon très concrète de transmettre le cinéma québécois et de contribuer à son avenir, besoin plus d’actualité que jamais. »
Au fil des ans, la Fondation René Malo a appuyé plusieurs autres organismes d’envergure, dont le Festival Regard – en particulier son volet scolaire –, Mediafilm, l’Orchestre Métropolitain et Les Grands Ballets canadiens de Montréal. Le philanthrope a par ailleurs rendu possible la création, en 2006, de la Chaire René-Malo en cinéma et en stratégies de production culturelle de l’UQAM. Pendant près de quinze ans, celle-ci a contribué à la formation de centaines d’étudiant·es en production, en réalisation et en distribution cinématographiques.
Une contribution majeure
D’abord producteur de spectacles musicaux, notamment de Charles Aznavour, Véronique Sanson, Robert Charlebois et Claude Dubois, René Malo se tourne vers le cinéma après avoir fondé Corporation image M&M, en 1970. Aux côtés de son associé Christian Fechner, il fait quelques incursions dans le cinéma français avant de travailler à ses premiers longs métrages québécois, parmi lesquels Panique (Jean-Claude Lord, 1977), L’Homme à tout faire (Micheline Lanctôt, 1980) et Sonatine (Micheline Lanctôt, 1983).
Son rôle comme producteur du Déclin de l’empire américain, de Denys Arcand, le fait encore davantage connaître. Le réalisateur a récemment confié au Devoir que le film n’aurait tout simplement pas vu le jour si René Malo n’avait pas accepté de le produire, à la demande de Roger Frappier. Son budget, considérable pour l’époque, s’est finalement élevé à environ 1,8 million de dollars. Le film a toutefois généré 2,8 millions de dollars de recettes au Québec seulement, et plus de 25 millions à l’échelle internationale, devenant alors, et de loin, le plus grand succès commercial de l’histoire du cinéma québécois.
René Malo œuvre, en outre, à mettre en place des conditions permettant aux films d’ici de s’épanouir face à la concurrence étrangère. Il participe par exemple aux longues négociations avec l’État québécois qui mènent à l’adoption de la Loi sur le cinéma et milite pour la création de mécanismes de financement destinés à soutenir la distribution et la production de longs métrages canadiens, entre autres au sein de Téléfilm Canada.
Marcel Jean, directeur de la Cinémathèque québécoise, lui a rendu hommage sur les réseaux sociaux : « C’est non seulement un géant de l’industrie du cinéma québécois qui nous quitte, mais aussi un grand mécène qui a accompagné la Cinémathèque québécoise au cours des quarante dernières années, dans les moments difficiles comme dans les bons. René Malo était un homme passionné et généreux. Nous lui devons beaucoup. C’est notamment lui qui aura rendu possible l’acquisition du Cinématographe Lumière no 16 par la Cinémathèque. »
La contribution du producteur à la vie culturelle d’ici lui a valu de nombreux honneurs. En plus de recevoir un Jutra-hommage, il s’est vu décerner le prix Air Canada par l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision, a été intronisé au Temple de la renommée du cinéma canadien, piloté par le magazine Playback, et a reçu un doctorat honoris causa de l’UQAM.
L’OCQ tient à rendre hommage à la mémoire de René Malo et à exprimer toute sa reconnaissance pour la confiance qu’il lui a témoignée et le précieux soutien qu’il lui a accordé au fil des ans. Il adresse ses plus sincères condoléances à sa famille et à ses proches.
