René Malo (1942-2026), un précieux allié du cinéma québécois et de l’OCQ

Le pro­duc­teur d’œuvres emblé­ma­tiques de Miche­line Lanc­tôt et de Denys Arcand sou­te­nait depuis ses débuts l’Observatoire du ciné­ma au Qué­bec (OCQ), par l’entremise de sa fon­da­tion. Il s’est éteint la semaine dernière.

Une pho­to de René Malo, prise dans le cadre de la pro­mo­tion entou­rant les films et séries Les Tis­se­rands du Pou­voir I et II (1987-1988) de Claude Four­nier. | Cré­dit : Ciné­ma­thèque québécoise

Le décès la semaine der­nière du pro­duc­teur René Malo (1942-2026) a ébran­lé le milieu du ciné­ma qué­bé­cois. D’abord connu dans l’industrie musi­cale, il a ensuite contri­bué au suc­cès d’œuvres phares de la ciné­ma­to­gra­phie natio­nale, dont Sona­tine (Miche­line Lanc­tôt, 1983) et Le déclin de l’empire amé­ri­cain (Denys Arcand, 1986). Il a éga­le­ment consa­cré une grande par­tie de sa vie à amé­lio­rer le finan­ce­ment et le rayon­ne­ment des films d’ici.

Son enga­ge­ment auprès de l’Obser­va­toire en offre un exemple élo­quent. Dès les débuts de l’organisme, en 2007, la Fon­da­tion René Malo lui a accor­dé un sou­tien impor­tant. Après avoir ven­du son entre­prise Malo­film, en 1996, le pro­duc­teur s’est ain­si dis­tin­gué par ses acti­vi­tés phi­lan­thro­piques. Il comp­tait notam­ment par­mi les plus géné­reux dona­teurs de l’OCQ, aux côtés d’André Gau­dreault, fon­da­teur de l’organisme, et de Miche­line Cam­bron, pro­fes­seure retrai­tée du Dépar­te­ment des lit­té­ra­tures de langue fran­çaise de l’Université de Montréal.

André Gau­dreault garde le sou­ve­nir d’un homme d’une grande cha­leur et d’une vive curio­si­té intel­lec­tuelle : « René était pro­fon­dé­ment pas­sion­né par le ciné­ma, mais il por­tait aus­si un regard très atten­tif sur le monde uni­ver­si­taire. Il com­pre­nait la valeur de la recherche et de l’enseignement, et savait recon­naître l’importance de créer des liens durables entre les savoirs, les œuvres et celles et ceux qui les font. C’était un homme géné­reux, bien sûr, mais aus­si remar­qua­ble­ment ouvert et à l’écoute. »

Par son sou­tien fidèle à l’OCQ, René Malo a contri­bué à faire vivre une mis­sion à laquelle il croyait : rap­pro­cher l’université du milieu ciné­ma­to­gra­phique. « Son appui nous a per­mis, au fil des ans, de mul­ti­plier ces espaces de ren­contre entre la relève, la recherche et la pra­tique, sou­ligne Tho­mas Car­rier-Lafleur, res­pon­sable de l’Observatoire. C’est une façon très concrète de trans­mettre le ciné­ma qué­bé­cois et de contri­buer à son ave­nir, besoin plus d’actualité que jamais. »

Au fil des ans, la Fon­da­tion René Malo a appuyé plu­sieurs autres orga­nismes d’envergure, dont le Fes­ti­val Regard – en par­ti­cu­lier son volet sco­laire –, Media­film, l’Orchestre Métro­po­li­tain et Les Grands Bal­lets cana­diens de Mont­réal. Le phi­lan­thrope a par ailleurs ren­du pos­sible la créa­tion, en 2006, de la Chaire René-Malo en ciné­ma et en stra­té­gies de pro­duc­tion cultu­relle de l’UQAM. Pen­dant près de quinze ans, celle-ci a contri­bué à la for­ma­tion de cen­taines d’étudiant·es en pro­duc­tion, en réa­li­sa­tion et en dis­tri­bu­tion cinématographiques.

Une contri­bu­tion majeure

D’abord pro­duc­teur de spec­tacles musi­caux, notam­ment de Charles Azna­vour, Véro­nique San­son, Robert Char­le­bois et Claude Dubois, René Malo se tourne vers le ciné­ma après avoir fon­dé Cor­po­ra­tion image M&M, en 1970. Aux côtés de son asso­cié Chris­tian Fech­ner, il fait quelques incur­sions dans le ciné­ma fran­çais avant de tra­vailler à ses pre­miers longs métrages qué­bé­cois, par­mi les­quels Panique (Jean-Claude Lord, 1977), L’Homme à tout faire (Miche­line Lanc­tôt, 1980) et Sona­tine (Miche­line Lanc­tôt, 1983).

Son rôle comme pro­duc­teur du Déclin de l’empire amé­ri­cain, de Denys Arcand, le fait encore davan­tage connaître. Le réa­li­sa­teur a récem­ment confié au Devoir que le film n’aurait tout sim­ple­ment pas vu le jour si René Malo n’avait pas accep­té de le pro­duire, à la demande de Roger Frap­pier. Son bud­get, consi­dé­rable pour l’époque, s’est fina­le­ment éle­vé à envi­ron 1,8 mil­lion de dol­lars. Le film a tou­te­fois géné­ré 2,8 mil­lions de dol­lars de recettes au Qué­bec seule­ment, et plus de 25 mil­lions à l’échelle inter­na­tio­nale, deve­nant alors, et de loin, le plus grand suc­cès com­mer­cial de l’histoire du ciné­ma québécois.

René Malo œuvre, en outre, à mettre en place des condi­tions per­met­tant aux films d’ici de s’épanouir face à la concur­rence étran­gère. Il par­ti­cipe par exemple aux longues négo­cia­tions avec l’État qué­bé­cois qui mènent à l’adoption de la Loi sur le ciné­ma et milite pour la créa­tion de méca­nismes de finan­ce­ment des­ti­nés à sou­te­nir la dis­tri­bu­tion et la pro­duc­tion de longs métrages cana­diens, entre autres au sein de Télé­film Canada.

Mar­cel Jean, direc­teur de la Ciné­ma­thèque qué­bé­coise, lui a ren­du hom­mage sur les réseaux sociaux : « C’est non seule­ment un géant de l’industrie du ciné­ma qué­bé­cois qui nous quitte, mais aus­si un grand mécène qui a accom­pa­gné la Ciné­ma­thèque qué­bé­coise au cours des qua­rante der­nières années, dans les moments dif­fi­ciles comme dans les bons. René Malo était un homme pas­sion­né et géné­reux. Nous lui devons beau­coup. C’est notam­ment lui qui aura ren­du pos­sible l’acquisition du Ciné­ma­to­graphe Lumière no 16 par la Cinémathèque. »

La contri­bu­tion du pro­duc­teur à la vie cultu­relle d’ici lui a valu de nom­breux hon­neurs. En plus de rece­voir un Jutra-hom­mage, il s’est vu décer­ner le prix Air Cana­da par l’Académie cana­dienne du ciné­ma et de la télé­vi­sion, a été intro­ni­sé au Temple de la renom­mée du ciné­ma cana­dien, pilo­té par le maga­zine Play­back, et a reçu un doc­to­rat hono­ris cau­sa de l’UQAM.

L’OCQ tient à rendre hom­mage à la mémoire de René Malo et à expri­mer toute sa recon­nais­sance pour la confiance qu’il lui a témoi­gnée et le pré­cieux sou­tien qu’il lui a accor­dé au fil des ans. Il adresse ses plus sin­cères condo­léances à sa famille et à ses proches.