Professeure à la Faculté de musique de l’Université de Montréal, la chercheuse, spécialiste en musicologie, en diction lyrique et en méthodologies de recherche-création, collabore désormais avec le partenariat afin d’explorer de nouvelles méthodes de collecte de données par le biais de la musique.
Léa Tétrault

Chargée de cours à l’Université de Montréal depuis 2015, Zoey Mariniello Cochran est récemment devenue professeure invitée à la Faculté de musique. Passionnée par l’enseignement – une vocation soulignée par l’obtention d’un prix d’excellence en enseignement de l’Université de Montréal en 2018 –, elle propose aujourd’hui différents cours sur l’opéra et la diction lyrique, aux premier et deuxième cycles, dans cette même institution.
La chercheuse a également intégré cinEXmedia cette année en tant que cochercheuse, à l’invitation du directeur du partenariat, Santiago Hidalgo, souhaitant notamment mettre sur pied un projet de recherche-création innovant avec le partenariat. Ce projet explorera la cocréation musicale comme méthode alternative de collecte de données en contexte clinique, en remplacement par exemple de sondages menés sur l’expérience vécue des artistes. Plus de détails sur ce projet seront dévoilés ultérieurement, tandis que son échéancier et sa structure de financement restent à confirmer.
« Dans un contexte où la recherche-création et l’intersectorialité sont de plus en plus valorisées, le projet avec cinEXmedia viserait à concevoir des ateliers de création en duo qui donneraient accès à des savoirs autrement inaccessibles, explique Zoey Mariniello Cochran. J’ai bien hâte de voir où cela pourrait nous mener. »
Identité, politique et étude du rythme
Spécialiste de l’opéra baroque et contemporain, Zoey Mariniello Cochran s’est intéressée, dans ses travaux des dernières années, à la relation entre vocalité, identité et politique, à la représentation des identités de genre sur la scène lyrique, ainsi qu’à la décolonisation du genre opératique. Ses recherches sur l’opéra comme outil de résistance dans le vice-royaume de Naples, qu’elle a présentées dans de nombreux colloques, lui ont valu le prix George-Proctor décerné par la Société de musique des universités canadiennes (MusCan). Elle collabore par ailleurs avec le Laboratoire CinéMédias en tant que membre de l’initiative Killam, un vaste projet intersectoriel qui recouvre différentes manières d’étudier le rythme.
Elle a, en outre, récemment obtenu une subvention de développement Savoir du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH) pour un projet visant à utiliser le chant comme méthode d’analyse musicologique. « J’ai voulu observer la manière dont une interprétation vocale qui tienne compte de l’accentuation prosodique des vers transforme la compréhension des relations texte-musique », explique-t-elle. Cette recherche se fait d’ailleurs à partir de diverses études de cas à travers les siècles, dont Les noces de Figaro de Mozart, souligne la chercheuse.
La jeune professeure est également cochercheuse à la Chaire de recherche du Canada en création d’opéra. À ce titre, elle a collaboré avec une équipe multidisciplinaire de chercheur·ses basé·es à l’Université de Montréal, composée d’Ana Sokolović (musique), Olivier Asselin (cinéma) et Marie-Josèphe Vallée (aménagement), à un premier grand projet intitulé « OpéRA de poche ». Cette réalisation leur a notamment permis « de développer des opéras en réalité augmentée, disponibles sur tablettes et téléphones intelligents, afin de rendre l’opéra accessible à de nouveaux publics », souligne-t-elle.
Les clowns en musique
Avec Ana Sokolović et Tara Karmous, coordonnatrice principale du Laboratoire CinéMédias et adjointe à la Chaire de recherche du Canada en études cinématographiques et médiatiques, Zoey Mariniello Cochran a aussi tout récemment organisé un colloque international, à la Place des Arts de Montréal, sur l’art clownesque, notamment sur ses ramifications en opéra. Intitulé « Briser les conventions sonores : les langages et non-langages des clowns », cet événement s’est tenu en parallèle de la présentation de l’opéra Clown(s) à l’Opéra de Montréal, une création d’Ana Sokolović.
Ana Sokolović et Zoey Mariniello Cochran ont d'ailleurs récemment obtenu une subvention d’engagement partenarial du CRSH avec le duo de mimes sonores ék pour la création d’ateliers d’improvisation autour des clowns et de l’opéra. Ces ateliers, présentés dans des écoles primaires et secondaires, permettront aux jeunes de développer une conscience de leur corps et de leurs émotions, tout en transformant les approches habituelles à l’opéra.
Nouvelles partitions interactives
Enfin, Zoey Mariniello Cochran travaille avec le chercheur François-Hugues Leclair sur un projet nouvellement financé par le programme Connexion du CRSH afin de développer ce qu’elle appelle de « nouvelles partitions interactives ». « La partition ne donne que la hauteur et la durée des notes, mais il y a tellement d’informations qui pourraient être ajoutées grâce à des formats numériques », explique-t-elle. L’objectif du projet est de trouver une forme de partition qui inclurait des éléments d’analyse musicale afin de voir comment celle-ci influence l’interprétation du musicien. Cette recherche, qui s’articulera autour de l’opéra Wozzeck d’Alban Berg, sera menée en collaboration avec des partenaires en Amérique du Sud, dans une perspective décoloniale.
La récente association de la chercheuse à cinEXmedia s’inscrit ainsi dans un ensemble de projets qui témoignent de la diversité de ses recherches. Son parcours illustre la manière dont l’étude de l’opéra peut aujourd’hui se renouveler en contexte universitaire, notamment par la recherche-création et l’usage d’outils technologiques.
